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La relaxation et la pleine conscience comme processus de soin

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Sommaire

Lorsque j’aborde le sujet de la relaxation, nombreux sont ceux qui s’imaginent un chien méditant tel un moine shaolin.

Je reconnais que l’image me fait pas mal sourire, mais elle revoit à une image très caricaturale de ce qu’est la pleine conscience. En soit, rien de grave. Il faut d’ailleurs bien reconnaitre que c’est cette image qui est véhiculée un peu partout : sur les réseaux, dans la fiction, etc.

Au delà de l’image, certains sont très enthousiastes et y voient (enfin) l’opportunité d’avoir un chien calme et qui ne fait pas de bruit. D’autres au contraire, repoussent l’idée sous prétexte que la vie n’est pas faite que de moments calmes…

… et ils ont raisons : la relaxation (et son amie la pleine conscience) est trop souvent présentée comme une pratique un peu bobo-positiviste pour faire entrer le bonheur dans votre vie comme par magie. Grâce à elle, les émotions négatives s’envolent. Le monde devient enfin beau, et grâce à elle, nos chiens vont même faire des crottes arc-en-ciel !

Je reconnais volontiers que bon nombre d’influenceurs dans ce milieu prônent cette image, agrémentée de la traditionnelle injonction à voir la vie en positif et uniquement en positif, niant au passage l’essence même de la vie : toutes les émotions existent et transportent un message (mon dieu que c’est beau !).

Ce qui est drôlement dommage étant donné qu’une émotion refoulée (niée) finit toujours par ressortir 😉

La positivité toxique est une positivité forcée, c’est à dire une fausse positivité. Cela peut sembler inoffensif en apparence, mais lorsque l’on partage quelque chose de difficile avec quelqu’un et que cette personne insiste pour en faire quelque chose de positif, ce qu’elle exprime est : “Mon confort est plus important que ce que tu ressens.”

Dr Susan David, auteure de « L’agilité émotionnelle ».

Au delà d’être toxique, cette image est bien évidement illusoire et elle éclipse à mon sens le plus important : le fait que la relaxation / la pleine conscience fait partie intégrante d’un processus de soin.

Rien que ça !

Une part d’un processus de soin

Sortir des modes défensifs

J’ai récemment écrit pas mal de contenus techniques, alors pour une fois je resterai plus généraliste. Mais vous pouvez les consulter ici si besoin.

Il arrive que le rythme de vie, et plus généralement nos expériences passées, fassent que l’on vit en modes défensifs. Cela est le cas pour tous les animaux.

On est tout le temps fatigué, facilement irritable, anxieux ou au contraire, on s’immobilise, on arrive pas à avancer, on procrastine, etc. voire plus dans des cas extrêmes.

Le cercle vicieux s’installe vite et l’organisme a littéralement besoin de faire une pause pour se reposer. L’idée n’est pas d’imposer une quelconque pensée positive mais bien d’apaisé le chien ou l’humain de façon à ce qu’il puisse rentrer dans un processus de repos et de restauration.

C’est cet apaisement qui donne « l’autorisation au corps et à l’esprit » de lâcher prise. C’est d’ailleurs sans doute ce qui bloque tant de monde lorsqu’il est question de lâcher prise. Ce n’est malheureusement pas la tête qui décide de ça, c’est l’ensemble.

Lorsque l’organisme est en état d’alerte et qu’il est bloqué dans son fonctionnement, il est impossible de lâcher prise. Il faut l’aider.

Puisqu’il est question de relaxation et de pleine conscience, la plupart d’entre vous penseront à la méditation, le yoga ou encore la respiration. Mais il en existe bien d’autres, parfois à la croisée des chemins entre sciences et empirisme.

A travers le monde, il existe par exemple des approches neurobiologiques du yoga pour favoriser ce processus de soin psychique et somatique.

Mais en France, on a préféré importer le puppy yoga à la place…mais ne perdons pas espoir !

Quoi qu’il en soit, il s’agit de trouver des activités apaisantes pour son chien comme pour soi. Que cela relève de la mastication, d’activité de léchage, de flair, de la musique, de massage ou autre importe assez peu finalement.

L’important étant que l’apaisement démarre (du moins favorise) un processus de soin qui est indispensable pour (re)faire émerger le système d’engagement social et les mécanismes d’auto-régulation.

Mais ne nous voilons pas la face : cela s’inscrit en parallèle d’une bonne gestion environnementale.

Tout comme il est important de se demander ce qui a conduit notre chien (ou nous a conduit) à trouver refuge dans des états de défenses permanents. Il y a souvent des décisions à prendre, des choses à changer.

Pour l’humain, ma conviction profonde est que c’est tout le système qu’il faut revoir. Mais bon, vous êtes pas là pour m’entendre parler politique ^^

Pleine conscience de ce que l’on ressent

La pleine conscience est la capacité à “être” dans le moment présent sans avoir forcément à “faire” quoi que ce soit à propos de ce que l’on vit. C’est l’essence même de ce que les anglais appelle le processing, c’est à dire l’analyse et l’intégration de l’environnement (physique comme social).

La pleine conscience c’est aussi la capacité à écouter ses états, écouter ce que l’on ressent. Un truc que l’on nous a toujours désappris à faire !

Elle peut donc donner lieu à ne rien faire, comme elle peut donner lieu à s’éloigner d’une source de stress, à faire une pause, si cela nous fait du bien. Il en va de même avec nos chiens.

Plutôt que de toujours voir les accompagnements comme des exercices pour travailler sur un comportement, pratiquons la pleine conscience. Aidons notre chien à s’écouter en lui montrant qu’il peut s’éloigner pour s’apaiser puis observer.

Aidons le à faire des pauses et à s’apaiser avant qu’il ne soit submergé.

Aidons les à naviguer entre plusieurs états, pour apprendre à le faire seul par la suite.

Certains seront surement sceptique, mais un système nerveux s’entraine tout autant qu’un muscle. C’est à force de pratique que cela devient de plus en plus facile et spontané.

Prenons juste garde à ne pas aller trop vite. Inutile de s’entrainer comme un bodybuilder qui bosserait ses biceps. Il est plutôt question d’accompagner l’autre avec bienveillance, comme on aiderait un tout petit à developper sa motricité fine ou sa marche un peu approximative 😉

Les connexions se font petit à petit, à mesure que l’on pratique dans des situations de réussite. Ce qui ma foi fait sans doute grandement défaut dans notre société qui veut toujours aller plus vite que la musique.

Il s’agit donc de jouer sur la neuroplasticité de tout le système nerveux. Et bonne nouvelle, ça dure toute la vie ! (Même si c’est plus facile avec les tout petits ;))

Voyez le comme une manière de (re)développer l’intelligence émotionnelle, la notre et celle du chien.

Quelques exemples

Il est bien gentil avec sa pleine conscience l’autre mais bon, si ça se saura si ça marchait !

Et bien justement, parlons en !

De plus en plus d’étude s’intéressent aux effets bénéfiques des pratiques de pleine conscience et/ou de pratique de relaxation sur la santé. C’est un champ de recherche assez récent mais en plein essor.

Cohérence cardiaque

On peut par exemple citer les bienfaits de la cohérence cardiaque aussi bien sur la santé psychique que physique. Il arrive même qu’elle soit employée en cardiologie dans le cadre de troubles cardiovasculaires. Pas forcément seule, mais en complément d’un traitement ou bien pour diminuer la prise de médicament.

D’un point de vue pratique, il s’agit d’un exercice de respiration et que ça pratique régulière permet d’augmenter considérablement la variabilité de la fréquence cardiaque (VFC). La VFC est une mesure de l’arythmie naturelle du coeur, et une VFC important est un marqueur de bien-être et de bonne santé.

Il est ici question d’une légère arythmie, c’est à dire que votre coeur de bas pas de manière parfaitement régulière. Mettons que votre coeur batte à 60 battements par minutes. Il ne va pas battre exactement toutes les secondes.

Il va battre une fois, puis une seconde fois 1.002s plus tard, puis une troisième fois 0.9995s plus tard et ainsi de suite. Cette variabilité traduit un fonctionnement harmonieux du système nerveux autonome.

Pour les geeks de la physio, le coeur s’accélère à l’inspire (accent sur l’activité orthosympathique), et se ralenti à l’expire (accent sur les voies parasympathiques). Il en résulte cette légère arythmie.

Lorsqu’il n’y a quasiment pas d’arythmie, il y a un déséquilibre dans entre les fonctions vagales et sympathiques. Ce qui peut se traduire par une multitude de problèmes somatiques (voir article le corps n’oublie rien).

Mais outre les problèmes somatiques, ce déséquilibre se traduit aussi par une tendance à être soit hypo ou hyper-activé. Donc une difficulté à réguler ses émotions.

La cohérence cardiaque est donc un exercice très intéressant pour bon nombre d’humain…même si avouons le, la plupart des gens le trouve chi*** au possible. Heureusement, il y en a d’autres ^^

MBSR vs escitalopram

MBSR pour Mindfulness Based Stress Reduction, littéralement un programme de réduction du stress basée sur la pleine conscience.

Il s’agit d’un programme de 8 semaines de méditation comprenant notamment :

  • 45 minutes de méditation par jour
  • Une séance par semaine de 2h30

Certes il faut sans doute déjà être branché méditation. Certains se diront que cela demande beaucoup trop de temps, quoique c’est justement l’objectif du programme : introduire la méditation de pleine conscience dans son quotidien. Mais ce n’est pas le sujet.

Ce qui est intéressant, c’est que l’on commence à avoir des études très sérieuses démontrant l’efficacité de la pleine conscience sur les troubles anxiogènes-dépressifs. Et ça, ce n’est pas rien !

L’un d’entre elles, publiée la revue scientifique américaine JAMA Psychiatry, a comparé des patients ayant participé à un programme MBSR, à ceux ayant reçu un médicament très largement prescrit dans le traitement contre l’anxiété et/ou la dépression : l’escitalopram.

276 adultes souffrant de troubles anxio-dépressifs non traités ont été répartis en deux groupes randomisés.

Les résultats ont démontré une réduction des symptômes anxio-dépressifs sévères aussi importante chez les patients qui ont suivi le programme MBSR que chez les participants recevant de l’escitalopram, mais sans effets secondaires dus au traitement !

Ah oui pour info, l’escitalopram est un anti-dépresseur (également prescrit dans le traitement des troubles anxieux) agissant comme Inhibiteur Sélectif de la Recapture de la Sérotonine, c’est à dire comme le Prozac, qui n’est rien d’autre qu’un des noms commercial de la fluoxetine, c’est à dire la chouchoute des prescriptions.

Je ne prends donc pas l’exemple totalement au hasard. Mais la comparaison s’arrête là, car comme le dit très bien Joël Dehasse (vétérinaire « atypique » de son état), aucun ISRS n’est réellement Sélectif que de la Sérotonine 😉

De la pleine conscience chez le chien ?

Vous vous en douterez, si les études commencent tout juste à se démocratiser chez l’humain, ce n’est pas demain la veille qu’on en aura sur les chiens…un jour viendra !

Quoique je suis déjà tombé sur une étude mesurant le bien-être des vaches avec la VFC. Comme quoi.

Comme nous l’avons dit en première partie, la pleine conscience et la relaxation ne se limitent pas à des exercices de méditation. Il s’agit dans un premier temps d’apaiser l’animal pour lui permettre de sortir des modes défensifs, puis dans un second temps de développer sa capacité à « être » dans le présent et d’écouter ses ressentis.

La pleine conscience n’est évidement pas la solution à tous. Elle prend place autant dans une alliance thérapeutique entre professionnels que dans une vision globale incluant la sphère médicale, la nutrition, le lien d’attachement (repartage thérapeutique), la gestion environnementale, l’aménagement du quotidien pour apporter plus de sécurité au chien et bien d’autres.

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