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Les effets néfastes des outils coercitifs sur les chiens et le nerf vague

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Sommaire

L’usage des outils coercitifs est un sujet qui fait encore et toujours débat dans le monde canin malgré les nombreuses études démontrant par A plus B les effets délétères de ce type d’outils. Beaucoup de belles choses ont d’ailleurs été écrites sur le sujet, soulevant avec brio l’impact catastrophique des colliers électriques (et autres joyeusetés du même genre) sur l’émotionnel du chien.
 
Mais je souhaitais aborder les choses sous un axe un peu différent et complémentaire à l’approche par conditionnement qui est habituellement développée.

Pour alléger la lecture de ce petit article (challenge concision), je ferais volontairement des renvois vers celui qui traite des nerfs crâniens pour ne pas nous perdre dans les méandres de la physiologie.

Mais il me semble pertinent de l’avoir lu au préalable pour saisir vraiment celui-ci.

EDIT : pour la concision, c’est encore loupé…

Bases essentielles sur le nerf vague

Xème nerf crânien et voie de communication entre le cerveau et le corps, on a tendance à attribuer au nerf vague uniquement une fonction relaxante / calmante par opposition aux réactions de « stress » liées au système sympathique (= nerfs spinaux émergeant directement de la moelle épinière). Les choses sont un peu plus subtiles que ça.

Ses branches émergent à des endroits différents. L’une du noyau ambigu, situé sur la partie antérieure du tronc cérébrale ; l’autre du 4ème ventricule du cerveau. En compagnie des nerfs spinaux (système sympathique = mobilisation de l’organisme face au danger), ces différentes voies communiquent continuellement.
 
Au quotidien, une communication harmonieuse permet d’accéder à des états de repos solitaire ou intime (JE) mais aussi à des états de pleine énergie où l’être vivant peut agir en toute conscience de ses actes (JEU). Cela n’est permis qu’à la seule condition que l’individu se sente en sécurité au plus profond de lui (= bon fonctionnement de la branche émergeant du noyau ambigu et des nerfs crâniens V, VII, IX et XI).
 
Le cerveau est alors libre de fonctionner de manière rationnelle et le système exécutif s’exprime librement.

En cas de danger, le nerf vague joue également un rôle fondamental dans la mesure où une de ses branches est liée aux mécanismes dissociatifs. Mais commençons par le commencement.
 
Prenons une antilope pâturant au milieu de la savane. Une proie idéale pour un lion qui passe tout prêt. Lorsque le lion attaque, l’antilope réagit au danger par la fuite. C’est d’abord la chaine sympathique (surmobilisation de l’organisme) qui lui permet de prendre la poudre d’escampette.
 
Mais malgré son agilité, l’antilope est parfois rattrapée par le lion. Son inconscient joue alors sa carte maitresse juste avant la morsure. Le coeur ralenti, la respiration s’arrête presque, la pensée se dissocie (l’antilope est totalement absente ou voit la scène sans être vraiment là), le corps devient mou comme un chamallow, etc. En bref, l’antilope est en mode économie d’énergie. Elle parait … morte.
 
Ce qui désintéresse très fortement notre lion. Lorsque le lion regarde ne serait-ce qu’une fraction de seconde, la dissociation disparait et l’antilope prend ses pattes à son cou pour repartir de plus belle. Son corps vient de lui sauver la vie en jouant sur les mécanismes liés à la voie du nerf vague émergeant du 4ème ventricule du cerveau.

Ces réactions se retrouvent partout dans la nature. Boris Cyrulnik (que je ne pense pas avoir besoin de présenter) le décrit d’ailleurs bien mieux que moi dans la préface de « réveiller le tigre », l’un des livres phares de Peter Levine, docteur en sciences médicales et biologiques, docteur en psychologie ainsi qu’éthologue, mais surtout éminent spécialiste en trauma :

« J’ai eu l’occasion d’observer un babouin pourchassé par un tigre. Celui‐ci l’a rattrapé sans peine, l’a fait bouler d’un petit coup, puis l’a saisi entre ses pattes de devant. J’ai été très étonné quand j’ai vu le babouin s’abandonner entre les griffes du prédateur et « offrir sa gorge ». J’ai été frappé par cette image et me suis longtemps demandé à quel bénéfice adaptatif pouvait correspondre un tel abandon de soi. Cet abandon de soi du babouin offrant sa gorge au prédateur lui permettait ainsi de ne pas souffrir d’une situation que, de toute façon, il ne pouvait pas contrôler.


Plus tard, j’ai vu un pécari attrapé par un chien qui avait planté ses crocs dans son arrière train s’immobiliser complètement ce qui, à ma grande surprise, avait stoppé l’agression du chien qui s’était dès lors désintéressé de sa proie. Après quelques secondes d’immobilité, le pécari s’était secoué et avait repris sa course presque sans boiter, malgré sa blessure.

Il semble bien que cette réaction adaptative où la plupart des fonctions s’arrêtent soit une constante dans le monde vivant. Il suffit de taper sur le sol avec un bâton auprès d’un scarabée pour qu’il s’arrête instantanément. Il ne reprendra sa marche qu’après un certain temps dont la durée dépend de l’intensité du coup de bâton. Le « cerveau » du scarabée est un ganglion synaptique constitué d’un croisement de quelques dizaines de milliers de neurones, et pourtant ce modèle simple explique une partie des réactions humaines.


Un torero renversé par un taureau s’immobilise complètement. Ça ne sert à rien de courir ou de combattre. Mais cette réaction d’immobilité suffit souvent à arrêter l’attaque du taureau qui s’oriente de préférence sur tout ce qui bouge. Alors, si le torero n’a pas été trop blessé, il repart en boitillant étonné de ne pas avoir eu peur.
Comme le rappelle Peter Levine, l’explorateur Livingstone, attaqué par un lion près des chutes de Victoria, racontait qu’il avait vu la gueule du lion s’ouvrir près de son visage juste avant d’être abattu et que ce qui l’avait stupéfié, c’était son inertie et son indifférence totale.


Peter Levine nous explique que les animaux vivent un trauma analogue : ils sont sidérés, hébétés par une réaction adaptative qui gèle toute forme de vie en eux. Mais dès que l’attaque cesse, un processus naturel leur permet de se remettre à vivre. »

Extrait de la préface de “Réveiller le tigre” de P. Levine. Préface écrite par Boris Cyrulnik.

Cette réaction est donc totalement naturelle. Elle relève d’un processus adaptatif pour assurer la survie de l’individu et échapper à l’attaque. Mais que se passe-t-il lorsque l’attaque ne cesse pas, sans pour autant mener à la mort, comme ce serait le cas du lion avec son casse croute à quatre pattes ?

L’organisme va en quelque sorte rester bloqué dans cet état. S’en suivent inévitablement des changements physiologiques profonds dans le corps comme dans l’esprit. Il s’agit en quelque sorte d’une reconfiguration du système nerveux autonome, mais pas que. On en reparle plus loin (voir aussi notre article traitant des nerfs crâniens).

Une forme d’éducation ?!

Pour paraphraser Boris Cyrulnik, tous les chiens ne se prennent pas des coups de jus en boucle jusqu’à ce que toute forme de vie soit gelée en eux. Heureusement … quoique cela arrive plus qu’on ne le croit.
 
Dans la pratique, un collier électrique (pardon, électronique) nous est « vendu » pour inhiber un comportement. Ouf. Puisque c’est le comportement que l’on inhibe, et non pas le chien, nous sommes donc sauvés !
 
Pour rester sérieux deux minutes, il faut quand même se demander ce qu’il se passe au niveau physiologique, non ?

Les choses vont évidemment dépendre de l’intensité de « coup » et de la résilience du chien en question.
 
Prenons un chien qui aboie après d’autres chiens. La « procédure » voudrait que l’on applique une décharge à chaque aboiement. Si la décharge est suffisamment importante, l’état de sidération se produira instantanément. Certains mettront d’ailleurs beaucoup de temps à sortir de cet état d’hébétement.
 
Si la décharge n’est pas suffisante, le chien sortira très rapidement de son état de sidération avant de revenir dans une réponse sympathique où il cherchera à se défendre en agressant ou en fuyant. Mais on peut aussi ne jamais atteindre la sidération et juste avoir mobilisé le système nerveux sympathique (et donc générer plus d’aboiements ou de fuite). Tout dépend de la fenêtre de tolérance de l’individu.
 
Dans tous les cas, le fait que ce chien continue d’aboyer après l’autre ou qu’il cherche à s’éloigner sera perçu comme un nouveau mauvais comportement qu’il faut corriger d’une nouvelle décharge et ainsi de suite jusqu’à aboutir au même résultat : l’inhibition de l’individu.

Mais rentrons dans le jeu (je vous jure que ça me coute de faire ça). Supposons que la décharge chatouille tout juste les oreilles de Rintintin. Du moins que Rintintin soit toujours en capacité de « gérer » émotionnellement ce qui se passe dans sa salle petite caboche de « chien dominant ». Pour dire les choses simplement, qu’il ne soit pas totalement submergé par la peur ou la colère. Pas au point d’exploser ou d’imploser donc.
 
Par quel miracle Rintintin aura-t-il compris que cette décharge découle d’un soi-disant mauvais comportement de sa part ?

Je ne sais pas si vous avez déjà essayé d’apprendre quelque chose à côté d’une abeille / araignée / serpent / d’une foule [choisissez l’objet de votre peur] mais moi si (c’est complètement faux, quand j’entends une abeille j’hurle et je pars en courant ou je me fige, tout dépend de la distance et si je suis dedans ou dehors) !
 
Rintintin n’est juste plus capable de raisonner et d’apprendre quoi que ce soit dans une telle situation. Il n’est bon qu’à faire des associations ultra basiques. Rintintin n’est pas bête, son attention est juste focalisée sur autre chose (l’émotion et la douleur).
 
Des associations qui peuvent se faire avec tout ce qui passe à portée de vue ou d’oreille : un bip, un mot, un bruit de chaîne, un autre chien, l’escargot qui passait juste là et que Rintintin était en train de regarder tranquillement, etc…qui dépendront aussi du timing.
 
Partons donc du principe que c’était l’escargot qui passait par là au moment de la décharge. Une bouffée d’angoisse apparaitra à chaque escargot croisé à partir de maintenant. Vous admettrez que c’est quand même la loose d’avoir peur d’un escargot…

Mais trêve de plaisanterie, que Rintintin arrive (avec aussi peu de pédagogie de la part d’un humain lambda, c’est-à-dire un humain dont le timing est plus qu’approximatif) à déduire que c’est son comportement qui lui vaut cela, relève presque du miracle. Vraiment.
 
Alors on recommencera. On mettra une décharge plus grande, on frappera plus fort pour revenir à l’option précédente.

Mais admettons que l’humain se montre assez adroit : le miracle se produit !
 
Rintintin comprend plus ou moins qu’aboyer entraine un truc pas cool. Et ça Rintintin ne veut pas le revivre, alors il s’abstient. Encore une fois, cela n’empêche pas Rintintin d’avoir son petit coeur qui s’emballe dès qu’il voit un autre chien, d’avoir sa petite bouffée d’angoisse, etc. (pour plus de détails, je vous renvoie encore à l’article sur les nerfs crâniens). Cela est une réaction physiologique inhérente à un danger perçu.
 
Pas de chance pour Rintintin, l’humain ne verra qu’une chose : le RESULTAT : Rintintin ferme sa g*
 
Alors l’humain, renforcé dans son propre comportement, recommencera et reproduira de plus en plus souvent ce fonctionnement dans son quotidien : le règne de la terreur commence.

En définitive, cela revient juste à creuser à la main un énorme trou au lieu d’utiliser une pelleteuse. Le trou est le même. C’est juste le temps qu’il faut pour y parvenir qui diffère.
 
A chaque fois que Rintintin se retient par crainte, qu’il se fige ou que son esprit quitte son corps,  Rintintin perd une part de lui-même. Une part plus ou moins grande en fonction de là où l’humain l’a placé émotionnellement.
 
De ce point de vue, les colliers électriques ne diffèrent pas d’un énorme coup de pied dans les côtes ou de la mise en scène d’un abandon pour « apprendre au chien que c’est pas bien ». Qu’elle soit physique ou émotionnelle, une douleur reste une douleur. Elle agit au même endroit dans le cerveau et par ricochet, sur le corps.

Effets des violences sur le nerf vague et les autres nerfs crâniens

Effets indirects dus aux réponses émotionnelles

Le corps étant fait de nombreuses interactions, c’est tout son fonctionnement qui est chamboulé. Pour une revue plus technique, je vous revois vers l’article mentionné en début de post.
 
Pour résumer, la récurrence des violences va engendrer un dysfonctionnement général du nerf vague. Celui-ci contrôlant l’activité de nombreux viscères, c’est l’ensemble du corps qui est impacté. A titre d’exemple, il contrôle notamment la contraction/décontraction du tiers supérieur de l’œsophage (ce qui permet à l’estomac de suivre le mouvement du diaphragme lors de la respiration), mais aussi l’activité des intestins tout en apportant un retour au cerveau sur l’état du microbiote intestinal.

Comme vu dans l’article précédent, il fonctionne en synergie avec 4 autres nerfs crâniens pour former le système d’engagement social. La dysfonction de l’un engendre celles des autres, entrainant des troubles musculo-squelettiques, des migraines et douleurs ainsi qu’une incapacité à communiquer correctement.
 
D’une manière générale l’environnement est perçu comme hostile même lorsque tous les voyants sont au vert, l’individu est constamment sur la défensive, oscillant entre le repli sur soi et le combat ou la fuite.
 
En résumé, tout comportement social, tout sentiment de sécurité devient progressivement (ou instantanément lors de PTSD) hors de portée malgré des conditions « normales ». C’est tout le système d’engagement social qui est impacté : régulation émotionnelle, capacité à communiquer, à s’attacher, etc.

Effets directs dus aux traumatismes physiques

Au-delà des considérations déjà évoquées, quand on constate les brulures laissées par un collier électrique ou les dégâts causés par un collier étrangleur sur la trachée d’un chien, on ne peut que plébisciter l’interdiction pure et simple de ces outils. Comme le disait d’ailleurs Isaac Asimov, « la violence est le dernier refuge de l’incompétence » et toute violence, même psychologique, ne devrait jamais donné être considéré en matière d’éducation.
 
Le cou du chien est une zone extrême sensible. Elle y abrite notamment le larynx et le pharynx ainsi que la trachée et la thyroïde qui peuvent être sévèrement abimés par ces outils, tout comme les cervicales. Mais il y passe aussi quelques nerfs dont le nerf vague ainsi que le nerf glosso-pharyngien et le nerf accessoire qui font tous trois partis du système dit d’engagement social.
 
Les nerfs sont un peu comme des petits fils électriques. Si vous vous êtes déjà amusé à plier maintes et maintes fois des fils électriques (ou un trombone), vous aurez remarqué qu’à force le câble s’abime. C’est généralement le sort réservé à nos câbles de téléphones portables qui finissent par ne plus fonctionner (enfin pour ceux qui ne les perdent pas avant que cela arrive).

On ne peut que s’interroger sur les dégâts causés à ces nerfs par des chocs répétés, qu’il soit physique ou électrique. Mais étant donné la fragilité certaine des nerfs, il parait plus que crédible de supposer que des lésions se produisent.
 
Comme avec nos câbles de téléphone, des nerfs abimés ne fonctionnent pas correctement. Ainsi, c’est tout le réseau interne de l’animal qui se retrouve perturbé. Ne pouvant plus fonctionner correctement, c’est toute la sphère psycho-somatique qui est impactée : régulation des émotions, capacité à  communiquer, à s’attacher, maux de tête, raideurs musculaires dans la nuque, réduction des mouvements oculaires, perception des sons biaisés, adaptation de l’ensemble musculo-squelettique, etc.
 
Du moins tant que les fibres nerveuses ne se sont pas régénérées. Dans quelle mesure cela est-il possible, je n’en sais strictement rien…du moins pas assez pour me permettre d’affirmer quoi que ce soit.


Au final, l’impact des outils coercitifs ne se limite pas à une composante émotionnelle. C’est toute la physiologie du chien qui en subit les conséquences, avec pour effet de détruire lentement mais surement les capacités d’adaptation de nos compagnons.

Qu’en est-il de pressions plus modérées comme celles exercées par un simple collier ? D’une vibration ?

Impossible de répondre à l’heure actuelle. Mais on est en droit de se poser la question et d’espérer des réponses dans l’avenir.

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