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Le fantôme de l’opérant : l’émotion est le moteur du comportement

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Sommaire

En tant qu’espèce, les humains ont tendance à porter des jugements sur les comportements, les classant comme bons au mauvais. Nous avons des notions de bien et de mal, de morale, de principes et de normes sociales qui définissent les comportements appropriés, tous ces éléments étant bien sûr importants pour assurer la cohésion sociale et le fonctionnement d’une société civilisée.

Cela signifie que nous sommes naturellement enclins à juger et à définir les comportements, même s’il est important de reconnaître que ces jugements ont souvent plus à voir avec nos propres représentations qu’avec ce qui se passe réellement.

Cela favorise naturellement une approche qui consiste soit à traiter les comportements indésirables de manière punitive, soit, en utilisant des moyens plus positifs, à encourager un autre comportement plus “approprié” à la place de l’autre. En d’autres termes, nous pouvons avoir tendance à avoir un biais opérant, qui nous pousse à nous concentrer sur le changement du comportement sans tenir compte de ce qui peut le motiver.

Il y a cependant des questions importantes à se poser : Qu’est-ce que le comportement original communiquait (activement ou passivement) en premier lieu ? Quelle charge émotionnelle a pu déclencher le comportement ?

L’importance du facteur émotionnel

En psychologie humaine, on s’est éloigné du travail purement axé sur les conséquences du comportement pour se concentrer davantage sur l’impulsion émotionnelle qui le précède. Il est reconnu que le comportement est guidé par les émotions (et bien sûr les conséquences). Dans le monde canin, on se concentre encore beaucoup sur les conséquences, sans se soucier du reste.

Si nous entraînons un chien pour lui apprendre de nouveaux comportements, un modèle purement opérant peut être compréhensible. Il faut cependant reconnaître que, même lors des exercices de dressage, nous risquons de chercher à manipuler les comportements en faisant peu de cas de l’état émotionnel de l’animal pendant que nous le faisons. Par exemple, nous pouvons facilement risquer d’utiliser la pulsion émotionnelle du chien vers la nourriture pour obtenir un comportement que nous voulons au détriment des besoins ou des désirs du chien. Il peut être facile d’exercer une pression par le biais de la nourriture, de l’attention, du jeu, etc.

Il est important de reconnaître que la punition (ou même le renforcement) ne peut être pertinente pour l’individu que si elle est traitée comme telle en interne. Par exemple, si quelqu’un est envoyé en prison, cette punition ne peut être réellement efficace que si la personne traite émotionnellement cette expérience et éprouve des remords pour son comportement antérieur. Ou bien, la punition doit être si extrême que la peur de la punition est plus grande que le besoin/la volonté d’adopter le comportement, mais il est toujours possible de revenir au comportement si la peur s’apaise ou si le besoin émotionnel s’accroît.

Nous connaissons les insuffisances d’un système judiciaire basé sur la punition sans tenir compte des facteurs qui ont contribué à l’infraction. Les mêmes considérations s’appliquent à la punition des animaux.

Rechercher l’apaisement

Si nous cherchons à aider un chien qui a des “problèmes” de comportement, nous devons accorder moins d’attention à ce qu’il fait et plus à la raison pour laquelle il a besoin de le faire, en particulier en ce qui concerne le très important besoin de soulagement.

En examinant le comportement à travers un filtre purement opérant, nous courons le risque de ne pas reconnaître la charge émotionnelle qui a déclenché le comportement original, ou le soulagement que l’animal recherche en le faisant. Le concept de soulagement est l’un des concepts les plus importants à prendre en compte lorsque nous travaillons avec des chiens présentant des comportements dits “difficiles”.

Les réactions liées au stress sont plus susceptibles d’être réflexes, moins rationnelles – plus émotionnelles. Nous pouvons manipuler le comportement autant que nous le voulons, mais si nous ne soulageons pas la charge émotionnelle initiale, nous risquons de développer et de soutenir des comportements que nous pourrions trouver plus appropriés, mais qui n’aideraient guère l’animal. Ceci est particulièrement important lorsque nous reconnaissons le fardeau supplémentaire imposé à un animal qui souffre ou qui a subi un traumatisme dans le passé.

Petit exemple. Quelque chose d’aussi simple qu’un chien qui saute sur tous les invités qui viennent à la maison. Nous pourrions juger les sauts comme un “mauvais comportement”, mais ce n’est qu’une représentation de la surexcitation émotionnelle du chien. Il peut s’agir d’excitation, mais aussi de conflit social et d’anxiété.

Si nous nous efforçons de renforcer le “assis”, par exemple, en tant que comportement incompatible, les sauts indésirables peuvent être réduits ou arrêtés, mais qu’est-il advenu de la charge émotionnelle initiale subie par le chien ? Est-il soulagé de cette charge émotionnelle par le fait qu’on lui demande de s’asseoir ? Sommes-nous en train de créer un conflit interne supplémentaire chez le chien en renforçant un comportement mais en ne répondant pas aux besoins émotionnels initiaux ? Qu’en est-il du besoin du chien de trouver des moyens de recueillir des informations sociales d’une manière “sûre”, souvent caché dans le premier accueil enthousiaste du chien ? Par ailleurs, on considère souvent que le chien assis est “calme”, mais est-ce bien le cas ? Le fait que le chien pose son derrière sur le sol et y reste indique-t-il vraiment que son système nerveux est au repos ?

Souvent, à tort, les propriétaires et les professionnels peuvent considérer qu’un chien va bien simplement parce qu’il ne fait rien. Si l’on considère qu’un chien va bien uniquement parce qu’il n’a pas de comportements observables, alors on loupe complètement l’état émotionnel du chien, ce qui peut s’avérer être une erreur parfois dangereuse. Il peut y avoir de nombreuses considérations derrière quelque chose que nous pensons pouvoir régler par un simple entraînement.

Il y a de nombreuses choses à considérer derrière un problème qui, selon moi, un simple entrainement ne peut résoudre. On affirme souvent que “les comportements qui sont renforcés se répètent”. Soit.

Mais le pouvoir de cette affirmation conduit à une frontière subtile entre la manipulation et le soutien. Si le comportement adopté naturellement par l’animal lui apporte un soulagement émotionnel, c’est parfait. Si, grâce à un apprentissage il adopte un autre comportement qui lui apporte le même apaisement, c’est génial.

En revanche, si nous manipulons son comportement uniquement parce que nous préférons un nouveau comportement ou parce que nous le trouvons plus approprié, nous devons sérieusement nous remettre en question.

Les émotions finiront toujours par trouver un moyen de s’exprimer

Il existe un grand principe en psychologie humaine : “les émotions trouveront toujours un moyen de s’exprimer”. Ce que cela signifie, c’est qu’à moins de soulager nos réactions émotionnelles, cette réaction peut trouver un moyen de se manifester d’une autre manière. Dans l’exemple ci-dessus, si le fait de sauter était en fait une manifestation d’une réponse d’apaisement à la pression sociale et à l’anxiété qu’il subit, faire asseoir le chien n’aidera peut-être (surêment) pas du tout à soulager cette charge émotionnelle.

J’ai récemment travaillé avec un chien dont les comportements d’accueil des invités avaient été traités de manière très opérante (assis et reste), mais qui avait maintenant beaucoup de mal à s’adapter à l’arrivée des invités et qui avait commencé à aboyer davantage pendant la visite.

Le chien avait été renforcé pour qu’il fasse quelque chose de “physique”, mais aucun travail n’avait été fait pour aider l’état émotionnel du chien face aux invités, ou pour comprendre les besoins individuels du chien afin qu’il puisse prendre le temps d’analyser socialement les visiteurs et se rassurer. Souvent, les comportements “réactifs” sont la conséquence de l’engagement du système nerveux avant tout traitement cognitif réel de l’environnement. Une fois que le système nerveux se met en marche, le chien a besoin d’être soulagé et les comportements de recherche de soulagement commencent.

Intégration sensorielle

Si nous pouvions mettre en pause un comportement et remonter un peu dans le temps, beaucoup de choses se seraient produites sur le plan neurologique et physiologique – c’est ce qu’on appelle l’intégration sensorielle. Le cerveau a rassemblé des informations provenant de ses sens externes et, surtout, de son système sensoriel interne (récepteurs de la douleur, système nerveux, etc.).

Il a ensuite croisé ces informations avec celles déjà présentes dans le cerveau, les a fait passer par différents filtres et a agi en conséquence. Lorsque nous sommes suffisamment calmes, nous pouvons modérer les réponses par un apport rationnel, mais si le système nerveux s’active trop fortement, la capacité d’influencer ce qui sera plus probablement une réponse réflexe est limitée. Ainsi, le comportement final porte une grande ” charge ” avant de se manifester physiquement.  Il existe un risque réel que cette série diverse et complexe de processus internes soit trop facilement écartée d’un point de vue purement opératoire.

J’encourage les professionnels et les propriétaires à examiner plus en profondeur ce qui se passe avant le comportement. Cela nous aide à observer le comportement d’une manière moins critique (bon/mauvais ou approprié/inapproprié) et plus “holistique”.

Nous devons tous nous accorder plus de temps pour étudier ce que le chien peut ressentir émotionnellement et physiquement, ce que ce comportement nous communique et, surtout, quel “soulagement” l’animal essaie d’obtenir. L’observation du langage corporel et le ralentissement de l’environnement pour obtenir plus de données, ainsi que l’utilisation des Free work peuvent s’avérer très utiles pour y parvenir.

Il est tout aussi important d’en savoir plus sur les préférences du chien en matière d’analyse sociale et environnementale. Les préférences individuelles en matière de traitement constituent une part importante de l’intégration sensorielle. Nous devons garder à l’esprit que le fait de demander au chien de répondre à de nombreux apprentissages et signaux opérants peut parfois entraver sa capacité à traiter naturellement les informations dont il a besoin dans l’environnement et/ou à s’orienter pour se sentir à l’aise.

Les pièges d’un modèle uniquement opérant

La pensée opérante met l’accent sur l’augmentation ou la diminution observable du comportement, ce qui crée un point de vue biaisé sur la façon dont nous percevons les résultats. Même en promouvant des méthodes plus positives, l’accent est toujours mis sur le comportement qui pose problème.

Cette recherche de résultats basés uniquement sur le comportement conduit facilement à l’utilisation de méthodes plus punitives.

Prenons par exemple le cas d’un chien qui réagit à un autre chien. Si nous définissons simplement les résultats comme la réduction du comportement présenté, alors la punition peut être tout aussi efficace que le renforcement d’un autre comportement. Cependant, punir ne fait rien de positif pour traiter la charge émotionnelle qui a déclenché le comportement en premier lieu ou le soulagement recherché par le chien. Cependant, si nous commençons à mesurer les résultats en termes de soulagement de l’animal pour cette réponse émotionnelle, la punition ne peut pas être considérée comme efficace. Il convient de noter que le renforcement positif est tout aussi capable de supprimer un comportement naturel ; nous devons toujours garder à l’esprit que nous pouvons obtenir un comportement que nous trouvons plus approprié mais qui n’offre pas le soulagement dont le chien a besoin !

Le dernier recours

Souvent, lorsque les méthodes positives ne semblent pas donner les “résultats” escomptés, le vieil argument de l’utilisation de mesures plus punitives intervient pour “sauver le chien” en dernier recours. L’idée est que pour réduire le comportement observable indésirable, des conséquences douloureuses sont parfois justifiées si les méthodes positives n’ont pas donné les résultats escomptés. Je vous pose la question suivante : aurions-nous le même état d’esprit lorsque nous travaillons avec des enfants ?

Exposerions-nous un enfant anxieux à l’élément déclencheur avec lequel il lutte et, si nous ne pouvons pas l’aider positivement, envisagerions-nous plutôt de punir sa réaction au stress ? Ou, si nous ne pouvons pas identifier ou résoudre la cause du mauvais comportement apparent de l’enfant, aurions-nous plutôt recours aux châtiments corporels ?  La réponse est, bien sûr, non (j’espère..).

En ce qui concerne les chiens, une meilleure gestion est toujours le meilleur dernier recours et souvent le premier choix, tandis qu’un processus est suivi progressivement et de manière réfléchie, avec empathie et compassion pour l’animal.

C’est le grand risque d’un biais opérant – il peut nous amener à associer les résultats uniquement à ce que fait un animal, sans tenir compte de ce qu’il ressent.

Je comprends que certains propriétaires/gardiens puissent faire pression sur les professionnels pour obtenir des résultats rapides, mais cela montre l’importance de gérer les attentes des clients et de les aider à s’adapter et à changer leurs représentations, plutôt que d’être une excuse pour utiliser des méthodes plus dures.

Aider les gens à comprendre ce que leur chien vit est la meilleure façon de les aider dans leur rôle de gardiens.

Manipulation

Le problème vient en partie du fait que nous avons trop longtemps considéré que les animaux nous étaient inférieurs, et que leur comportement était défini, géré et manipulé à travers le filtre des besoins de l’homme. Si le renforcement positif nous a offert une façon plus douce et plus humaine pour entraîner les animaux, nous devons garder à l’esprit l’adage “ce n’est pas parce qu’on peut le faire qu’on doit le faire”.

Plus important encore, ce n’est pas parce que ça marche que c’est bon. Nous devons toujours garder à l’esprit le pouvoir que nous détenons en manipulant les événements et en influençant les conséquences. Cet article ne se veut pas ” anti-entraînement “, loin de là, mais à mesure que nous en apprenons davantage sur la neurologie, l’éthologie et la physiologie des chiens dont nous nous occupons, il est de notre responsabilité de nous assurer que nous prêtons attention à leurs besoins émotionnels et au soulagement qu’ils recherchent par le biais de leurs comportements naturels. 

Eduquer le public

Éduquer le public au sujet de la créature étonnante, émotionnelle, sensible et sentiente dont il a la charge est tout aussi important, sinon plus, que de parler du bien et du mal de certains outils et méthodes. Une fois qu’un propriétaire comprend les besoins émotionnels de son chien et le soulagement qu’il recherche, il sera naturellement moins enclin à utiliser des moyens punitifs.

Si nous nous concentrons sur l’opérant, nous risquons de considérer le comportement comme le problème – la chose qui doit être changée, quelles que soient les méthodes employées pour y parvenir. Pour certains chiens, c’est la dernière chose dont ils ont besoin et cela peut donner l’impression à l’éducateur qu’il est à blâmer, car malgré tout ce qu’il fait pour “dresser” le chien, les choses ne s’améliorent pas ou très peu.

Si nous pouvons mettre l’accent sur la sensibilisation des propriétaires au fait que le comportement communique un besoin émotionnel plutôt que quelque chose en soi à changer, les propriétaires seront peut-être plus enclins à l’écouter davantage.

Plus important encore, s’ils en viennent à considérer les comportements comme une recherche de soulagement, ils seront plus enclins à vouloir aider à offrir ce soulagement. Ils peuvent même reconnaître que, parfois, le fait de permettre l’évitement des déclencheurs n’est pas juste un “échappatoire”, mais les signes d’un gardien soucieux du bien-être de son animal.

Il ne s’agit pas seulement de reconnaître le nombre croissant de preuves sur les motivations émotionnelles du comportement d’un animal, mais aussi d’encourager l’empathie et la compassion au centre de tout ce que nous faisons.

Une vision moins critique du comportement permettra une approche de l’accompagnement véritablement centrée sur le chien, qui nous encouragera tous à écouter la communication offerte par le comportement et à être moins enclins à vouloir simplement le changer.

Texte original envoyé par Andrew Hale, traduit par ma 🍏.

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