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La frustration : le quotidien du chien

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Sommaire

A mes débuts, on m’avait dit « la vie d’un chien est faite de frustration, il faut qu’il apprenne à faire avec ». L’apprentissage de la prise sur soi en toutes circonstances était à la base de l’éducation du chien et/ou de sa rééducation.

A défaut de savoir prendre sur lui, le chien deviendrait forcément intolérant à la frustration et ne saurait pas s’adapter à notre monde. Cela parait extrêmement logique au premier abord. On ne peut pas forcément faire tout ce que l’on veut dans la vie. Apprendre à « prendre sur soi en toutes circonstances » devient une évidence (?)!

C’est très souvent ce que l’on présente comme le travail des auto-contrôles. L’apprentissage indispensable à ne pas louper. Celui qui fera que votre chien sera apte à vivre à vos côtés.

J’ai l’impression que le monde de l’éducation canine est totalement obnubilée par le fait d’apprendre aux chiens à prendre sur eux en toutes circonstances…

Pour débuter, rien de plus « simple » avec le grand classique de l’éducation canine. Prenez quelque chose que votre chien apprécie. Agitez lui sous le nez pour qu’il « faute » et retirez le lui si il y va. Recommencez jusqu’à ce qu’il ne tente plus d’y aller et qu’il soit « calme » avant de lui en donner l’accès…

A moins que ce ne soit le milieu éducatif d’une manière générale qui soit dans cet état d’esprit. La question de l’(in)tolérance à la frustration est aussi au cœur du débat chez nos chers bambins.

Remarquez qu’il n’a pas fallu attendre l’éducation positive pour voir apparaître des difficultés de gestion émotionnelle chez les ados et les adultes. Bien au contraire…Et pourtant, nous avons souvent été éduqué à prendre sur nous 🤷🏻

Mais revenons à notre exercice d’auto contrôle : est il pertinent d’apprendre à son chien à tolérer la frustration en toutes circonstances ? Et si il y avait finalement mieux à faire pour lui apprendre à gérer ses émotions de manière saine ? S’il n’y avait pas une voie pour limiter la frustration plutôt que la tolérer ?

Posons nous les bonnes questions …

◾️Au delà du non-choix donné à l’animal durant l’exercice, est-il vraiment calme ?

◾️N’inhibe-t-il pas simplement son comportement tout en accumulant de la frustration ?

◾️Ne se résigne-t-il juste pas devant une situation où il n’a aucun contrôle ?

◾️Est ce que ça développe vraiment sa régulation émotionnelle ? ou est ce que l’on crée une bombe à retardement ?

🔔 Prêtons juste un peu d’attention à d’autres domaines en dehors du monde canin, et voyons au delà du comportement parfaitement observable et quantifiable.

🟢 Siegel (1999) ou encore Porges (1994 & 2006) décrivent une zone à l’intérieur de laquelle « des activations émotionnelles et physiologiques d’intensité variable peuvent être traitées sans pour autant perturber le bon fonctionnement du système ». Autrement dit, une zone a l’intérieur de laquelle le chien ou l’humain est capable de réguler ses états (fenêtre de tolérance). Il perçoit la situation comme sécure (activité nerveuse parasympathique vagal ventral).

Lorsque le chien n’est plus capable de se réguler, il perçoit la situation comme insécure. Il passe par différentes réponses biologiques en commençant par une forte activité nerveuse orthosympathique (hyper activation) puis parasympathique vagal dorsal (hypo activation).

C’est justement de ce dernier dont découle l’inhibition. En d’autres termes, lorsque l’on impose à un chien de ne pas faire quelque chose ou qu’il s’auto empêche de le faire suite à un apprentissage, il fait appel inconsciemment à des mécanismes de défense car il ne sait pas réguler ses états dans cette situation.

🟢 Or, selon Siegel (1999) et Porges (1994 & 2006), plus on sollicite ces mécanismes de défenses, plus on réduit ses capacités d’auto-régulation.

➡️ réduction de l’activité vagal ventral et augmentation des activités vagal dorsal et/ou orthosympathique.

➡️ réduction de la fenêtre de tolérance

Autrement dit, plus on prend sur soi, plus les situations où l’on est susceptible de prendre sur soi se multiplient.

Au delà donc du côté un peu sadique de l’exercice que l’on impose à nos chiens, la prise sur soi, lorsque elle se généralise dans la vie quotidienne, peut donc amener à une dérégulation à long terme des mécanismes de gestion émotionnel (aboutissant à l’implosion ou l’explosion).

Mais du coup, faut il bannir les dits exercices d’auto contrôles ? Ce type d’exercice réduit il forcément les compétences émotionnelles du chien ?

Et bien ça dépend. Car au delà de la question de l’exercice et de ce qui est efficace visuellement dans l’immédiat (le chien va sur la bouffe ou pas par exemple), il est surtout question de savoir si on travaille oui ou non dans sa fenêtre de tolérance.

Pour certains chiens, on tapera dans la fenêtre et ça se passera très bien. Pour d’autres on sera clairement en dehors mais ils s’y feront malgré eux. Pour d’autres ça ne passera tout simplement pas. Tout dépend de leur résilience.

Et honnêtement, faire la distinction entre les deux est parfois très très subtile même pour un pro. Il faut analyser la tension musculaire du chien, son attitude, la tension au niveau des lèvres, ses yeux, ses mouvements d’oreilles, ses lèchements de truffe etc (en distinguant s’il déglutit ou pas) en une fraction de seconde ou encore sa respiration (liste non exhaustive). Alors confier cette responsabilité à des néophytes … je trouve ça trop.

Je trouve personnellement que la barrière est trop mince pour prendre ce risque. Surtout lorsqu’il y a moyen de développer des auto contrôles de manière plus « propre ».

🟢 En passant par l’apprentissage sans erreur, le contrôle de stimuli ou l’accompagnement au calme par exemple, certes moins impressionnant, moins immédiat en terme de résultat (quoique) mais Ô combien efficace !

Certains diront que le chien est alors passif et qu’il est dommage qu’il ne soit plus acteur de son apprentissage. Mais honnêtement, lorsqu’il s’agit de gestion des émotions, n’est ça pas justement le but de lui faciliter la tâche le plus possible ?!

Imaginez une vie complète sans aucune frustration est clairement utopique. Il y aura toujours des moment où cela arrivera. C’est un fait. Le tout est que cela reste ponctuel et de savoir comment permettre au chien de décharger après.

Mais ne perdons pas de vue que c’est en agrandissant sa fenêtre de tolérance que l’on améliore ses compétences émotionnelles, que l’on agrandit sa zone de confort et qu’on limite les situations frustrantes. Pas l’inverse.

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